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[Philosophie] Argument d’autorité / Appel à l’autorité

J’avais déjà teasé l’article sur les arguments d’autorités sur le sujet de « La maladie du Nobel »
J’en ai aussi parlé sur l’Effet Dunning-Kruger et l’Ultracrepidarianisme

On voit souvent sur les réseaux sociaux des professeurs ou docteurs qui disent « je suis médecin/professeur donc je sais que… » même si le sujet n’est pas lié à leur domaine d’expertise.
J’avoue que c’est toujours un peu perturbant parce que j’avais tendance à faire confiance aux gens qui semblaient « sachoir » mais depuis quelques années je suis beaucoup plus critique…
Bon bref, on s’en fiche de ce que je pense, voici la partie wikipedia !

L’argument d’autorité consiste à invoquer une autorité lors d’une argumentation, en accordant de la valeur à un propos en fonction de son origine plutôt que de son contenu.
Ce moyen rhétorique diffère de l’emploi de la raison ou de la violence.

L’argument d’autorité est parfois également désigné par trois formules latines :

  • argumentum ad verecundiam : « argument de respect »
  • argumentum ad potentiam : « argument de pouvoir »
  • Ipse dixit : « Lui-même l’a dit », « lui » désignant l’autorité citée

C’est le stratagème XXX1 (30e) de la classification de Schopenhauer dans La Dialectique éristique.

La construction de cet argument est déterminée socialement par la position du locuteur et les catégories de perception associées à la position du récepteur.
Le locuteur peut ainsi exercer un effet d’imposition, argument d’autorité utilisé de manière hyperbolique, propre à décourager toute critique.

# Perspective historique

Depuis le XIIe siècle jusqu’au début de la Renaissance, l’Europe redécouvre les travaux produits au cours de l’Antiquité par les Grecs et les Latins, en grande partie via les traductions arabes, et les connaissances apportées par les grands noms de l’Antiquité représentent alors l’autorité.
Un lien entre un raisonnement ou une affirmation et le discours d’un personnage antique a alors valeur de preuve de sa validité.
Les connaissances accumulées ensuite par les sociétés européennes au cours des temps modernes sont perçues comme tendant à égaler celles de l’Antiquité, puis à les dépasser, ce qui conduit à de nombreux débats où les autorités antiques sont remises en cause.
Par exemple, les ouvrages de médecine de Galien enseignent que l’utérus des femmes est bifide, Galien ayant pratiqué des études anatomiques sur la hase, la femelle du lièvre, dont l’utérus est bifide, et ayant transposé ses résultats à la femme.
Les autopsies pratiquées parfois illégalement, notamment par André Vésale et Ambroise Paré, montrent les erreurs de Galien et conduisent à une remise en cause lente et difficile des méthodes d’enseignement des médecins et chirurgiens, ainsi que des pratiques médicales.
D’autres découvertes participent par leur retentissement à la remise en cause du savoir découlant d’une autorité antique reconnue, par exemple par les travaux en astronomie de Copernic, Galilée et Kepler qui invalident les cosmologies d’Aristote et Ptolémée.

Cette évolution tend à réduire la valeur d’un appel à une autorité reconnue.
Dans le domaine de la rhétorique, Thomas d’Aquin écrit dans la Somme théologique : « Car si l’autorité qui repose sur la raison humaine est un faible moyen de démonstration, il n’en est pas au contraire de plus solide que l’autorité qui repose sur la révélation divine ».
Il précise la distribution des tâches entre science et foi dans un autre passage : « En matière de foi et de mœurs, il faut croire saint Augustin plus que les philosophes, s’ils sont en désaccord ; mais si nous parlons médecine, je m’en remets à Galien et à Hippocrate, et s’il s’agit de la nature des choses, c’est à Aristote que je m’adresse ou à quelque autre expert en la matière. »
On peut y déceler ou non un argument d’autorité selon que ces avis sont acceptés comme définitifs ou simplement en première instance, ce que Thomas ne précise pas.
On ne le verra toutefois pas les remettre lui-même en question, bien que ce soit le cas pour les questions théologiques où il se plaît à opposer des arguments d’apparence contraire, toute la Somme étant ainsi construite.

Il critique d’ailleurs le recours exclusif à l’argument d’autorité : « Si nous résolvons les problèmes de la foi par seule voie d’autorité, nous posséderons certes la vérité mais dans une tête vide ! »
Montaigne, qui opposera plus tard « tête bien pleine » et « tête bien faite », n’est pas loin.

Dans la démarche scientifique, l’appel à une autorité reconnue perd de son usage, au profit d’un modèle s’inspirant de la doctrine socratique et platonicienne, et reposant sur une remise en cause de ce qui est considéré usuellement comme connu, l’observation du milieu matériel qui conduit à l’élaboration d’hypothèses de départ servant de base à un raisonnement logique et à la création d’un modèle théorique homogène permettant des prédictions réfutables par l’expérimentation, l’amélioration d’une construction théorique par le débat et son acceptation par l’obtention du consensus de la communauté scientifique.
La progression de ce rationalisme matérialiste s’accompagne d’un changement des mentalités et des moyens de communication, notamment par l’usage de l’imprimerie et l’abandon du latin au profit des langues vernaculaires.
Ce processus conserve l’usage de sources d’information (articles publiés par des experts reconnus, ouvrages majeurs dans le domaine, etc), mais ne les considère pas comme une vérité du simple fait de leur autorité.

De premiers réexamens d’Aristote sont effectués par Roger Bacon (1214-1294), ainsi que par Albert le Grand (mort en 1280).
Thomas d’Aquin maintient cependant sa confiance dans les résultats du philosophe naturaliste. Plus tard, Galilée (1564-1642) démontrera une erreur manifeste d’Aristote, celle selon laquelle les objets plus lourds tombent plus vite, et s’attirera de ce fait quelques solides inimitiés dans l’Université, qui s’en réclame.

Le Siècle des Lumières et l’époque contemporaine s’accompagnent de réalisations scientifiques et techniques qui reposent sur l’avènement de cette méthode de raisonnement par rapport au recours à l’argument d’autorité.
Ce dernier tend à être perçu comme la preuve d’un manque d’arguments rationnels.
Il garde une importance dans les domaines littéraires qui accordent une valeur prépondérante à l’auteur et sa réputation. Les progrès scientifiques aux XIXe et XXe siècles conduisent néanmoins les différentes branches littéraires à tenter de s’inspirer des méthodes scientifiques, de ses modèles de raisonnement et de son vocabulaire, par exemple en entamant une mue conduisant à la notion de Sciences Humaines.

Il faut évidemment se garder de confondre la simple illustration d’un argument par la citation d’un travail antérieur d’autrui avec un quelconque argument d’autorité.

Enfin, l’inférence bayésienne qui se généralise dans le dernier quart du XXe siècle posera comme nécessaire de toujours partir de considérations a priori, même vagues, afin de les affiner, voire de les contredire de façon rationnelle par des observations successives et cumulées.

# Usage contemporain

L’argument d’autorité reste couramment utilisé comme outil rhétorique, par exemple par le recours à l’avis d’experts dans les médias.
Il évite de reprendre des argumentations parfois trop complexes et développées par ailleurs.
Il constitue ainsi un raccourci qui, sans être fallacieux, ne peut pas se substituer à l’argumentation elle-même.

Utilisation littéraire

Son usage conserve dans certains domaines littéraires une valeur fondamentale non péjorative, par exemple sous la forme de références indiquées en fin de publication.

Valeur argumentative

L’argument d’autorité est recevable lorsqu’il est convenu que la personne évoquée fait autorité dans le domaine abordé.
Sa valeur probante peut être faible : elle suppose que le propos étayé par l’argument d’autorité ait été énoncé dans le même contexte et que l’autorité n’ait pas pu faire d’erreur.
L’identification d’un argument comme étant un argument d’autorité peut ainsi conduire à discréditer et invalider une argumentation.

Lorsque la personne évoquée ne fait pas autorité, que le propos est sorti de son contexte, déformé, ou lorsqu’il a été reconnu que l’autorité évoquée avait fait erreur, l’argument n’est plus recevable et est susceptible de constituer un sophisme.

« L’argument d’autorité prend appui sur une prémisse, la compétence présumée d’un auteur cité, pour conclure à la véracité / crédibilité de l’énoncé attribué à cet auteur.
La transition entre prémisse et conclusion mobilise ce que Ducrot (1984) et les linguistes de l’énonciation appellent un topos de la personne, à savoir un schème discursif (fondé sur un lieu commun) qui justifie la vraisemblance d’un enchaînement argumentatif et relie l’autorité d’une personne (citée ou référée) à son énonciation.
Outre ce transfert d’autorité, de la personne à la parole citée, s’observe une autre modalité de transfert d’autorité allant de l’énoncé-source à un énoncé-reprise.
Il y a ainsi une appropriation par un locuteur citant de l’autorité imputée à la parole d’une personne citée : la crédibilité se propage en fin de compte par un effet de « contagion », de l’énoncé à l’énonciation, du « dire » à l’acte de « dire » »

# Exemples

  • « Selon l’État français lui-même, Paris est la capitale de la France » : La figure d’autorité est l’État français.
  • « La communauté scientifique confirme l’origine anthropique du changement climatique » : La figure d’autorité est la communauté scientifique.
  • « L’armement nucléaire est une nuisance, le prix Nobel Georges Charpak l’a affirmé haut et fort » : le prix Nobel de Georges Charpak confirme son autorité en physique, mais pas en politique ou en affaires militaires.
  • « Il n’est pas concevable que l’Univers soit en expansion, c’est Albert Einstein qui l’a affirmé. » : Albert Einstein fait figure d’autorité en cosmologie, mais il a révisé sa position au sujet de l’expansion de l’univers.
  • « D’après une étude de l’AESA publiée en 2014, 97 % de nos aliments contiennent des pesticides » : l’étude de l’AESA peut faire autorité, mais l’affirmation a été tronquée et décontextualisée.
  • En 1891, l’abbé Boixière illustre l’usage de l’argument d’autorité dans un sophisme : « La distinction entre le principe vital des plantes et les forces physiques et chimiques de la matière est admise par les plus célèbres physiologistes et par les plus savants naturalistes de nos jours. Leurs noms seuls sont des autorités contre lesquelles il est toujours dangereux de vouloir se mesurer. Citons seulement Stahl, Bichat, Cuvier, Berzelius, Jussieu, Bérard, Bordeu, Milne Edwards, Barthez, Strauss-Durcheim, Cerise, de Quatrefages, Müller, Liebig, Burdach, Giebel, Hettinger, Trécul, Martini, Thomasi, Santi, etc. Le témoignage de pareils hommes, dont personne ne peut récuser la compétence, suffirait à lui seul pour démontrer notre thèse aux yeux de quiconque attribue quelque force à l’argument d’autorité. », Histoire et examen de l’empirisme philosophique, par l’abbé Ad. Boixière, R. Prud’homme (Saint-Brieuc), 1891, p. 358 lire en ligne [archive] sur Gallica.
# La blouse blanche

J’avais lu y’a quelques temps que les effets contextuels (placebo) étaient plus efficace lorsque la personne qui donnaient les médicaments ou la prescription avait une blouse blanche… ou on faisait plus confiance si la personne portait une blouse … peut-être pour ça que le professeur Raoult se film toujours avec sa blouse… mais ça se voit aussi dans l’Expérience de Milgram.
Y’a aussi beaucoup de blouse blanche dans les pub parlant de trucs pseudo scientifique aussi …

J’ai lu aussi que pour l’acupuncture c’était plus efficace lorsque l’acupuncteur était une personne âgée asiatique (mais là je sais pas si c’est qu’un appel à l’autorité ou s’il n’y a pas aussi un appel à la tradition)…

Bon y’a aussi l’inverse 🙂 la bouse blanche peu stresser et donc apporter des effets nocebo ça s’appelle l’Effet « blouse blanche »

C’est nul quand j’écris moi même des blocs … désolée …

# Expérience de Milgram

Je vais juste reprendre un peu de la fiche wikipedia, j’ai envie d’en faire une fiche complète

L’expérience de Milgram est une expérience de psychologie publiée en 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram.
Cette expérience évalue le degré d’obéissance d’un habitant des États-Unis du tout début des années 1960 devant une autorité qu’il juge légitime et permet d’analyser le processus de soumission à l’autorité, notamment quand elle induit des actions posant des problèmes de conscience au sujet.

L’expérience a suscité de nombreux commentaires dans l’opinion publique, ainsi que dans le milieu de la psychologie et de la philosophie des sciences, et a inspiré de nombreuses œuvres de fiction ou de télévision.

Analyse de Milgram

En plus des nombreuses variantes expérimentales qui permettent de mettre en valeur des facteurs de la soumission, Stanley Milgram propose dans son livre paru en 1974 une analyse détaillée du phénomène.
Il se place dans un cadre évolutionniste et conjecture que l’obéissance est un comportement inhérent à la vie en société et que l’intégration d’un individu dans une hiérarchie implique que son propre fonctionnement en soit modifié : l’être humain passe alors du mode autonome au mode systématique où il devient l’agent de l’autorité.
À partir de ce modèle, il recherche les facteurs intervenant à chacun des trois stades :

  1. Les conditions préalables de l’obéissance : elles vont de la famille (l’éducation repose sur une autorité dans la famille) à l’idéologie dominante (la conviction que la cause est juste, c’est-à-dire ici la légitimité de l’expérimentation scientifique)
  2. L’état d’obéissance (ou état agentique) : les manifestations les plus importantes sont la syntonisation (réceptivité augmentée face à l’autorité et diminuée pour toute manifestation extérieure) et la perte du sens de la responsabilité. Il constate aussi une redéfinition de la situation en ce sens que l’individu soumis « est enclin à accepter les définitions de l’action fournies par l’autorité légitime »
  3. Les causes maintenant en obéissance : le phénomène le plus intéressant parmi ceux relevés est l’anxiété, qui joue le rôle de soupape de sécurité ; elle permet à l’individu de se prouver à lui-même par des manifestations émotionnelles qu’il est en désaccord avec l’ordre exécuté.

A contrario, Stanley Milgram s’oppose fortement aux interprétations qui voudraient expliquer les résultats expérimentaux par l’agressivité interne des sujets.
Une variante met d’ailleurs en évidence cela, où le sujet était libre de définir le niveau d’intensité.
Ici, seule une personne sur les quarante a utilisé le niveau maximal.

Il propose également une série d’arguments factuels pour réfuter les trois critiques qui lui sont le plus souvent adressées : la non-représentativité de ses sujets, leur conviction en ce protocole expérimental et l’impossibilité de généraliser l’expérience à des situations réelles.

Rôle de l’obéissance dans la société

L’obéissance à une autorité et l’intégration de l’individu au sein d’une hiérarchie est l’un des fondements de toute société.
Une société a des règles, et par voie de conséquence il existe une autorité, qui permet aux individus de vivre ensemble et empêche que leurs besoins et désirs entrent en conflit et mettent à mal la structure de la société.
Ayant posé cela, Stanley Milgram ne considère pas l’obéissance comme un mal.
Pour résumer sa pensée, ce qui est dangereux, c’est l’obéissance aveugle.

Un moteur de l’obéissance est selon lui le conformisme.
Lorsque l’individu obéit à une autorité, il est conscient de réaliser les désirs de cette autorité.
Avec le conformisme, l’individu est persuadé que ses motivations lui sont propres et qu’il n’imite pas le comportement du groupe.
Ce mimétisme est une façon pour l’individu de ne pas se démarquer du groupe.
Le conformisme a été mis en évidence par le psychosociologue Solomon Asch dans son expérience réalisée dans les années 1950.
Les variantes de l’expérience de Milgram avec plusieurs pairs « désobéissants » ont montré que le sujet se range alors le plus souvent du côté du groupe et n’obéit plus lui non plus.
Ainsi, si l’obéissance d’un groupe veut être assurée, il faut faire en sorte que la majorité de ses membres adhère aux buts de l’autorité.

Waha
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Waha

Co-créatrice de la communauté Bidouilleuse de code Créatrice de bugs / features Boulette officielle Mon but dans la vie : conquérir le monde à dos de drosophile Mes animés préférés : host club, black lagoon, durarara, deadman wonderland, excel saga, Gurren Lagann, samurai champloo Mes mangas préférés : Goth, Death note, Deadman Wonderland, Perfect World, Attaque des titans, Seven Deadly Sins... Mes films préférés : Arrietty, Summer Wars, Garden State, une vie moins ordinaire, Le seigneur des Anneaux, Bienvenue a gattaca, La traversée du temps, le chateau ambulant, le voyage de chihiro, princesse mononoke, John Wick Mes séries TV préférées : Nerdz, le visiteur du futur, doctor who, Izombie, Stranger Things, The boys, Preacher

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